Lisait-on au Moyen Âge ?

On se représente souvent le Moyen âge comme une période d’illettrés où seuls quelques moines perdus au fond d’obscures bibliothèques savaient lire (des langues tout aussi obscures, d’ailleurs, et ils avaient intérêt à avoir de bons yeux) : rappelez-vous de Guillaume de Baskerville dans Le nom de la rose ou de Samuel dans GOT…

A la question “Lisait-on au Moyen Âge”, histoire de combattre les idées reçues, on a donc envie de répondre : oui ! Car il est vrai que la population lectrice était plus nombreuse que ce qu’on croit : certes, beaucoup de moines lisent, mais les seigneurs aussi, pour ne rien dire des bourgeois, cette nouvelle classe sociale qui apparaît progressivement XIIIe siècle, d’abord dans les grandes villes textiles (Pays-Bas, Angleterre, Nord de la France), aussi dans les communes italiennes, et j’en oublie.

Les femmes ne sont d’ailleurs pas en reste ! Certaines apprennent à lire : les nobles, dans les couvents, qui les éduquent de 7 ans à leur mariage ; les bourgeoises, dans les écoles mixtes ou non-mixtes qui se développent dans les villes du Nord de la France au XIIIe-XIVe siècle, et qui fermeront ensuite. Et il y a même des femmes qui écrivent ! On citera seulement Christine de Pizan, la plus connue, mais il y en a bien d’autres.

Il faut pourtant nuancer la réponse : Non, on ne lisait pas tant que cela au Moyen Âge. Et ce pour deux bonnes raisons :

– d’abord, le livre est manuscrit, et un manuscrit coûte cher (il faut un troupeau de moutons pour réunir le parchemin nécessaire à un volume!) : tout le monde ne peut pas s’offrir un tel luxe ;

– ensuite, on a plus l’habitude d’écouter les textes que de les lire silencieusement : lors des veillées, que le récitant connaisse le texte par coeur ou s’aide d’un support, on écoute une histoire, on ne la lit pas. Même chose dans les cours (des châteaux, pas d’école!) : les seigneurs, les dames écoutent le roman qui a été composé pour eux par un auteur (qui espère bien leur vendre son bouquin ensuite et rentabiliser ainsi son effort!).

Alors, lisait-on au Moyen Âge ? Oui et non. En revanche, on aimait déjà beaucoup les histoires, et on en connaissait pas mal : il y a des choses qui ne changent jamais…

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