Pourquoi la Bretagne nous fait penser au Moyen Age…

…et inversement?

Une page d’Yvain ou le Chevalier au Lion de Chrétien de Troyes (ms Bnf fr 1433)

Pour au moins deux raisons : la première, c’est que, pour les hommes du Moyen Âge eux-mêmes, la Bretagne est une source d’inspiration, ce qu’ils appellent une “matière”. On trouve ainsi la matière de Bretagne, la matière de Rome et la matière de France. La première parle ainsi des hauts faits des chevaliers de la Table Ronde et du roi Arthur, la deuxième relate les exploits des combattants de la Guerre de Troie par exemple, et la dernière exalte les batailles bien de chez nous, comme celle de Roncevaux dans la Chanson de Roland. On trouve donc beaucoup de fictions médiévales prenant place en Bretagne – en se rappelant tout de même qu’à l’époque, le terme désigne à la fois l’actuelle “Grande” Bretagne et l’Armorique, “petite” Bretagne. Citons par exemple les romans de Chrétien de Troyes comme Yvain ou le Chevalier au Lion, Lancelot ou le Chevalier à la charrette ou encore Perceval ou le Conte du Graal.

Affiche du dernier film de Guy Ritchie, Le roi Arthur (2017)

La deuxième raison qui fait qu’on associe Bretagne et Moyen Âge, c’est la popularité de ces fictions médiévales “bretonnes” à travers les âges. On n’en finit plus de redire la légende du roi Arthur, la plus récente adaptation allant jusqu’à adopter les codes des films d’action les plus punchy : pour le cinéma, on pensera à un panel aussi large qu’Excalibur de John Boorman, Les Monthy Python : Sacré Graal de Terry Gilliam et cie ou au dernier Roi Arthur de Guy Ritchie ; pour la télé, on citera le très fameux Kaamelott d’Alexandre Astier ; et pour les romans, la saga des Brumes d’Avalon de Marion Zimmer Bradley marqua durablement bien des esprits. A force de réduire les histoires qui nous viennent du Moyen âge à la seule légende du roi Arthur et de ses chevaliers, pas étonnant qu‘on pense Bretagne et rondes celtiques dès qu’on évoque ces siècles lointains…

Une bonne crêperie guérandaise dans un corps de logis du XVe siècle ; si les crêpes existaient au Moyen Âge, les crêperies, elles, datent des congés payés de 1936 !

Une dernière raison pour la route : la Bretagne a beaucoup surfé sur la vague du Moyen âge pour doper son tourisme ! La forêt de Paimpont est ainsi appelée “forêt de Brocéliande” et l’on y visite les sites décrits dans Yvain comme la “fontaine qui bout” ; on organise des fêtes tous les mois d’août à Guérande, “cité médiévale” et on y écrit partout en lettres gothiques ! On y trouve aussi des boutiques de souvenirs fantasyfarfadets, trolls, druides et chevaliers se côtoient dans un même espace-temps improbable : la confusion entre Moyen Âge et folklores (de tous les pays) a laissé la porte ouverte à toutes les associations d’idées les plus farfelues !

A noter : On adaptait déjà la légende arthurienne sur scène au XVIIe siècle avec le King Arthur de Purcell et son fameux “Air du froid” !

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