Le chat au Moyen Âge

Le chat est un animal familier à la littérature. Que ce soit sous la plume d’Edgar Allan Poe ou de Baudelaire, les airs de mystère de ce félin et son esprit d’indépendance câline a inspiré bien des textes .

Trouve-t-on des chats dans les fictions du Moyen Âge ? La chose n’est pas évidente car, jusqu’au XIIIe siècle, l’animal domestique utilisé pour chasser les souris n’est pas le chat mais… le furet ! Notre félin préféré n’est donc pas très familier aux hommes et femmes du Moyen Âge et vit surtout à l’état sauvage.

De plus, il inquiète : il vit la nuit, ce qui n’est pas pour rassurer ; il ressemble à un autre félin, le léopard, réputé cruel au Moyen Âge. Enfin, comme l’écrit Michel Pastoureau, dans la perception médiévale, le chat “connaît l’avenir, ne dit rien, fait semblant, devance les accidents et les catastrophes : c’est un hypocrite”.

On trouve donc peu de personnages de chat ou d’odes au matou dans la littérature médiévale : on relève par exemple une allusion dans un texte de troubadour, Guillaume IX, “En alvernhe”, au XIe siècle, et une anecdote qui dénonce l’attachement excessif d’un moine à son chat dans la Vie de saint Grégoire écrite par Frère Anger vers 1214.

Chat faisant sa toilette en marge d’un manuscrit

Mais ce serait oublier le fameux personnage du Roman de Renart, Tibert le Chat. Si Renart, personnage qui donna son nom à l’animal connu auparavant sous le terme de “goupil”, incarne la ruse, Tibert est celui qui piège le futé renard. Dans l’épisode “Si comme Renart prist Chantecler le coc”, “Tybert” est aperçu par Renart en train de jouer avec sa queue et de s’amuser à tourner sur lui-même : un lolcat au Moyen Âge ?

Pas tout à fait. Poursuivons la lecture. Renart adresse la parole au chat pour l’inviter à s’associer contre Ysengrin. Tybert accepte ; mais le but de Renart est de piéger le chat en l’entraînant dans une souricière ! Notre goupil invite Tybert, comme le renard de la fable de la Fontaine, à lui montrer sa force. Il s’agit, non pas de chanter comme dans “le Corbeau et le Renard”, mais de courir ; mais le chat est encore plus rusé que le renard et parvient à prendre le goupil à son propre piège ! Tybert le chat lance alors à l’arroseur arrosé : “les chats ne sont pas nés de la dernière pluie ! A malin, malin et demi!”

Le chat dans les textes du Moyen Âge n’est donc pas un attendrissant petit lolcat qui joue tranquillement dans son coin : c’est un fourbe et un malin ; qu’on se rappelle du double sens du terme “malin” : futé, oui ; mauvais, aussi !

Bibliographie

Le Roman de Renart, éd. N. Fukumoto, N. Harano et S. Suzuki, trad. G. Bianciotto, Paris, LGF, “Lettres gothiques”, 2005, p. 188-199
Pastoureau Michel, Bestiaires du Moyen Âge, Paris, Seuil, 2011, p. 125-129
Zink Michel, “Le monde animal et ses représentations dans la littérature du Moyen Âge” dans Actes des congrès de la Société des
historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public, 15ᵉ
congrès, Toulouse, 1984, “Le monde animal et ses
représentations au moyen-âge (XIe – XVe siècles)” pp. 47-71

 

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